Antonio Vivaldi

DOCUMENTATION

  • Portraits _

    Il n’existe que deux portraits dont nous pouvons être surs qu’ils représentent Antonio Vivaldi.
    Le premier est un croquis de Pier Leone Ghezzi, un des premiers artistes qui fit des caricatures et qui gagna sa vie grâce à ses propres dessins figurant des habitants et des visiteurs de Rome. Son croquis de Vivaldi date de 1723, époque où le compositeur séjournait à Rome pour ses productions lyriques.

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    Le deuxième est une gravure réalisée en 1725 par le francais François Morellon de La Cave qui vivait à Amsterdam.

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    Le portrait dit « de Bologne » est de loin la représentation la plus connue de Vivaldi. Cette peinture, tirée d’une ample collection de portraits de musiciens appartenant originairement au père Giovanni Battista Martini de Bologne, représente un violoniste anonyme. La ressemblance avec la gravure de Morellon de La Cave est indéniable : la chemise ouverte du musicien, l’encrier, la partition et les proportions du visage. L’attribution à Vivaldi est majoritaire, notamment en raison d’une touffe de cheveux rouges que l’on peut voir sur l’original. Les experts restent cependant partagés sur l’authenticité de ce portrait omniprésent.

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  • Lettres _

    Nous connaissons environ vingt-cinq lettres et manuscrits autographes de Vivaldi et presque soixante-dix lettres qui lui ont été adressées.

    Lettres écrites par Vivaldi existantes aujourd’hui :

    13 au marquis Guido Bentivoglio di Aragona (Archives nationales de Ferrare)
    1 à Luigi Bentivoglio (père du marquis)
    1 à la princesse Maria Livia Spinola Borghese à Rome
    1 à Antonio Mauro, scénographe à Venise
    2 au conte Sicinio Igazio Pepoli de Bologne

    Lettres adressées à Vivaldi existantes aujourd’hui :

    4 du prince Carl Ludwig Frederick de Mecklenburg-Strelitz (dans la Collection de lettres Mecklenburg-Strelitz, Archives nationales de Schwerin)
    9 du marquis Guido Bentivoglio di Aragona
    2 de Antonio Mauro
    52 du marquis Luca Casimiro degli Albizzi, un impresario florentin.

    La plupart des lettres ont été retrouvées dans des archives italiennes. Il n’existe pas d’édition critique des lettres écrites par ou pour Vivaldi.

    La correspondance –parvenue jusqu’à nous– entre le marquis Guido Bentivoglio di Aragona et Vivaldi comprend vingt-deux lettres : treize écrites par Vivaldi et neuf par le marquis. Les archives nationales de Ferrare conservent onze de ces lettres, les autres se trouvent dans des collections privées.

    La plus significative de ces lettres est celle que Vivaldi écrivit à Bentivoglio dans un moment de désespoir. Il fournit un résumé autobiographique de sa vie et, bien que Vivaldi exagère probablement, c’est le document plus révélateur que nous possédons sur la vie du compositeur. 

    Lettre au marquis Guido Bentivoglio d’Aragona
    16 Novembre, 1737

    Excellence,

    Après tant d’agitation et tant de peine, voici l’opéra de Ferrare à terre! Aujourd’hui Mgr le Nonce apostolique m’a fait appeler  et m’a ordonné, au nom de S. Em. Ruffo, de ne pas aller à Ferrare pour y faire l’opéra; cela parce que, quoique ecclésiastique, je ne dis pas la messe et parce que j’ai l’amitié de la cantatrice Giro. V.E. peut s’imaginer mon état devant un coup pareil. J’ai sur les épaules le fardeau de 6 000 ducats d’engagements signés pour cet opéra et, à l’heure qu’ils est, j’ai déjà déboursé plus de 100 sequins. Faire l’opéra sans la Giro n’est pas possible, car on ne peut retrouver pareille prima donna. Faire l’opéra sans etre présent, je ne le puis, ne voulant pas le confier à d’autres mains pour un risque pécuniaire aussi important. D’autre part, je suis tenu par mes engagements, d’où un océan de malheurs. Ce qui m’afflige le plus, c’est la tache dont S. Em. Ruffo marque ces pauvres femmes: nul ne l’avait jamais fait.

    Il y a quatorze ans que nous avons voyagé ensemble dans de très nombreuses villes d’Europe, et partout on a admiré leur honneteté; Ferrare peut en témoigner suffisamment. Tous les huit jours elles font leurs dévotions, comme peuvent le démontrer des actes jurés et authentiques.

    Il y a vingt-cinq ans que je ne dis plus la messe et jamais plus je ne la dirai, non par défense ou commandement, comme S. Em. peut s’en informer, mais de ma propre décision, cela à cause d’un mal qui m’oppresse depuis ma naissance. A peine ordonné prete, j’ai dit la messe pendant un an ou un peu plus, puis j’ai cessé de le faire, ayant du trois fois quitter l’autel sans la terminer, à cause de ce mal.

    A cause de cela je vis preque toujours à la maison, et je ne sors qu’en gondole ou en carrosse parce que je ne puis plus marcher à cause de ce mal de poitrine, ou plutot de cette étroitesse de poitrine. Aucun seigneur ne m’appelle en sa maison, pas meme notre prince, car tous sont informés de mon mal. Tout de suite après le repas, je puis d’habitude, sortir, mais jamais à pied. Telle est la raison pour laquelle je ne célèbre pas la messe. J’ai été trois saisons de Carnaval à Rome, pour l’opéra, et V.E. le sait, je n’ai jamais dit la messe; et l’on sait que Sa Sainteté elle-meme a voulu m’entendre jouer et combien de graces j’en ai recues.

    J’ai été appelé à Vienne et je n’y ai jamais dit la messe. A Mantoue, j’ai été trois années au service du très pieux prince de Darmstadt, avec ces memes dames qui ont toujours été traitées par S.A.S. avec beaucoup de bienveillance, et je n’ai jamais dit la messe. Mes voyages m’ont toujours couté très cher, car j’ai du toujours les faire avec quatre ou cinq personnes pour m’assister. Tout ce que je puis faire de bien, je le fais à la maison et à ma table de travail.

    J’ai ainsi l’honneur de correspondre avec neuf Princes et Altesses, mes lettres circulent par toute l’Europe. A cause de cela j’ai écrit au seigneur Mazzucchi que, si’il ne me donne pas sa maison, je ne pourrai aller à Ferrare. En somme, tout vient de mon mal, et ces dames me sont très utiles, car elles sont au courant de mes infirmités.

    Toutes ces vérités sont connues de preque toute l’Europe: aussi ai-je recours à la bonté de V.E. pour qu’elle veuille bien en informer  S. Em. Ruffo, car cette interdiction serait ma ruine totale. Je répète à V.R. que, sans moi, l’opèra de Ferrare ne peut avoir lieu ; elle voit pour combien de raisons. Ne le faisant pas, je dois, ou le transporter dans une autre ville que je ne trouverai plus maintenant, ou payer tous les engagements, si bien que, si S. Em. est intraitable, je supplierai V.E. d’obtenir au moine, de S.E. le légat, la suspension de l’opèra, pour que je sois dispensé de payer les engagements.

    J’expédie, d’autre part, à V.E. les lettres de S. Em. Albani, que je devrais présenter moi-meme. Depuis trente ans, je suis maitre de chapelle de la Pietà et sans scandale.

    Je me recommande au si bienveillant patronage de V.E. et, humblement, me confirme…

    Antonio Vivaldi




     

  • Une bibliographie selective _

    BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE DES PUBLICATIONS RECENTES
    Ce qui suit est une liste d’ouvrages accessibles au grand public, mais garantissant une approche musicologique rigoureuse. Tous ces ouvrages comportent eux-mêmes des bibliographies amples et spécialisées. 

    BIOGRAPHIE:
    DE CANDE, Roland, Vivaldi, Paris, Editions du Seuil, 1967, réimprimé en 1994.
    HELLER, Karl, Antonio Vivaldi, Reclam, Leipzig, 1991. Traduction en anglais: Antonio Vivaldi, The Red Priest of Venice, Portland, Oregon, Amadeus Press, réimprimé en 2003.

    KOLNEDER, Walter, Antonio Vivaldi, Leben und Werk, Wiesbaden, Breitkopf & Haertel, 1965. Traduzione in inglese: Antonio Vivaldi: Documents of his Life and Works, London, Faber, 1970, 1983 – réimpression. Traduction en italien: Vivaldi, Milan, Rusconi, 1978, 1994.

    POZZI, Egidio, Antonio Vivaldi [in italiano], Palermo, L'Epos, 2007 –  c’est la plus récente et la plus à jour des biographies de Vivaldi.
    TALBOT, Michael, Vivaldi, London, Dent, 1978 (Master Musicians Series), réimprimé par Schirmer Books, New York, 1993.

    TALBOT, Michael, “Vivaldi”, in The New Grove Dictionary of Music & Musicians, seconde édition, ed. S. Sadie (vol. 26, pp. 817-843) London, Macmillan, 2001.



    OUVRAGES SPECIALISES RECENTS:

    BARBIER, Patrick, La Venise di Vivaldi, Paris, Grasset, 2002.

    FERTONANI, Cesare, La musica strumentale di Antonio Vivaldi, Florence, Leo S. Olschki, 1998.

    GILLIO, Pier Giuseppe, L'attività musicale negli ospedali di Venezia nel Settecento, Florence, Leo S. Olschki, 2006.

    MAMY, Sylvie, Balades musicales dans Venise du XVI au XXè siècle, Paris, Nouveau Monde Edition, 2006.

    MAMY, Sylvie, Passeggiate musicali a Venezia, traduit du volume français précédant, Treviso, Vianello Libri, 2006.

    SARDELLI, Federico Maria, La musica per flauto di Antonio Vivaldi, Florence, Leo S. Olschki, 2001. Traduction en anglais: Vivaldi's Music for Flute and Recorder, Aldershot, Ashgate, 2007.
    SELFRIDGE-FIELD, Eleanor, Venetian Instrumental Music from Gabrieli to Vivaldi, Blackwell, Oxford, 1975; La musica strumentale a Venezia da Gabrieli a Vivaldi, ERI, Torino, 1980.

    SELFRIDGE-FIELD, Eleanor, A New Chronology of Venetian Opera and Related Genres, 1660-1760, Stanford, Stanford University Press, 2007.
    STROHM, Reinhard, The Operas of Antonio Vivaldi, Florence, Leo S. Olschki, 2008.

    TALBOT, Michael, The Sacred Vocal Music of Antonio Vivaldi, Florence, Leo S. Olschki,1995.

    TALBOT, Michael, The Chamber Cantatas of Antonio Vivaldi, Woodbridge, The Boydell Press, 2006.

    TALBOT, Michael, Vivaldi and Fugue, Florence, Leo S. Olschki, 2009.

    RYOM, Peter, Antonio Vivaldi: Thematisch-systematisches Verzeichnis seiner Werke, Wiesbaden, Breitkopf & Haertel,  2007 – l’illustre catalogne des oeuvres complètes de Vivaldi.



    TEXTES DU XVIIIe SIECLE:
    DE BROSSES, Charles, Lettres familières écrites en Italie en 1739 et 1740, Paris, 1858.

    BURNEY, Charles, Music, Men and Manners in France and Italy, 1770, Paris, Flammarion, 1992.
    GOLDONI, Carlo, Mémoires de M. Goldoni pour servir à l'histoire de sa Vie et à celle de son Théatre, 1787, rééd. Paris, Mercure de France, 1965.



    ARTICLES:
    Des articles spécialisés sont publiés chaque année par l’Istituto Italiano Antonio Vivaldi, la Fondation Cini à Venise, dans l’Annuaire “Studi Vivaldiani”. Des études plus approfondies (actes de colloques inclus) se trouvent dans la série des “Quaderni vivaldiani” (Leo S. Olschki, Firenze).

    FICTIONS:
    De nombreux romans ont été publiés mais, les informations sur la vie de Vivaldi étant rares, il s’agit de versions romancées de sa vie, souvent bien loin de ce que les spécialistes sont en mesure de garantir.
 Il est important pour les lecteurs de distinguer les biographies authentiques de celles inventées.



     

  • Teatro alla Moda _

    Ce petit pamphlet satirique fut publié par un auteur anonyme à Venise en 1720. Vivaldi ne mit pas longtemps à découvrir qu’il avait été écrit par Benedetto Marcello, un noble vénitien musicien et lettré dilettante. Il est difficile de savoir si cette satire était adressée à Vivaldi spécifiquement en sa qualité d’impresario et de compositeur ou si l’auteur l’avait choisi comme exemple puisque, plus que tous, il personnifiait ce nouveau genre musical vénitien en matière d’opéras.

    Ecrit sous forme de manuel de conseils à l’usage des compositeurs, chanteurs et castrats, librettistes, acteurs, scénographes, comiques, fournisseurs de costumes, souffleurs, copistes, mères de chanteurs etc… ce pamphlet ironique est extrêmement amusant mais il ouvre aussi une fenêtre extraordinaire sur le monde de l’opéra au XVIII è siècle.

    Sur la couverture figuraient quelques personnages- clés de l’univers lyrique vénitien des années 1720: Vivaldi ('Aldiviva') est représenté coiffé d’un chapeau de prêtre et doté d’ailes d’ange, jouant du violon au fond d’un bateau à rames; à la proue se trouve un ours (allusion à Orsatti, le directeur du théâtre San Moisè) et le rameur est Modotto, directeur du théâtre Sant’Angelo et, officiellement, vendeur de bateaux.

    Un facsimilé de l’intégralité du pamphlet est disponible sur le site:
    http://www.librettidopera.it/zps_dor/cr_es/teatro_moda_001.pdf

    Première page du pamphlet Teatro alla Moda de Benedetto Marcello Voir photo

     

  • Son caractere vu par... _

    Quelle était la personnalité de Vivaldi? Les documents sont peu nombreux, mais ce que dirent de lui les personnes qui le connurent au XVIIIème siècle, ainsi que les affirmations des  spécialistes actuels de Vivaldi, qui ont consacré de nombreuses années à débrouiller les fils de son histoire, peuvent en fournir une idée. Il ne nous reste plus qu'à écouter la musique et à nous faire un portrait personnel de ce que put être Vivaldi.

    DESCRIPTIONS DU XVIIIème SIECLE :

    Edward Holdsworth (1684-1746), érudit et poète anglais qui accompagnait souvent les jeunes gens dans leur Grand Tour. Il acheta de la musique à maintes occasions pour son ami, le collectionneur de musique Charles Jennens.

    Venise, 13 février 1733
    « J’ai eu aujourd’hui une conversation avec votre ami Vivaldi, qui m’a dit qu’il  avait résolu de ne plus publier de concertos car, dit-il, cela l’empêche de vendre ses compositions en manuscrits, ce qui d’après lui est d’un meilleur rapport ; ce qui est certainement vrai s’il trouve un marché intéressant, car il demande une guinée pour chaque pièce. Peut-être pourriez-vous marchander avec lui si vous étiez là pour choisir ce que vous aimez, mais je suis certain pour ma part que je ne me risquerai pas à choisir à votre place à un tel prix. J’avais été précédemment informé par d’autres que c’était la résolution de Vivaldi. Je suppose que  vous savez déjà qu’il a publié 17 concertos. »

    Edward Holdsworth encore :
    Antwerp, 16 juillet 1733
    « Monsieur Le Cène qui a publié des œuvres de Vivaldi et Albinoni m’a assuré que si vous avez 12 des Opus de Vivaldi et 9 d’Albinoni, vous avez la totalité. Laissez Vivaldi, dit-il, croire ce qu’il lui plait. Il n’en a pas publié plus de 12, mais il doit en compter plusieurs en double pour arriver au chiffre 17. Cet exemple de vanité correspond très bien à son caractère. »

    Chares de Brosses (1709-1777) président du parlement de Bourgogne, écrivain et amateur de musique. Ses lettres, écrites a ses amis lors de ses voyages en Italie, contiennent quelques descriptions de Vivaldi. On trouve dans ses Lettres familières écrites en Italie en 1739 et 1740 :

    « Vivaldi s’est fait de mes amis intimes, pour me vendre des concertos bien chers. Il y a en partie réussi, et moi, à ce que je désirais, qui était de l’entendre et d’avoir souvent de bonnes récréations musicales : c'est un Vecchio, qui a une furie de composition prodigieuse. Je l’ai oui se faire fort de composer un concerto, avec toutes ses parties, plus promptement qu’un copiste ne le pourrait copier. «

    Johann  Quantz (1697-1778), compositeur et flutiste allemand dans son Essai d’une méthode pour apprendre à jouer de la flute traversière, Berlin, 1752:

    «(Vivaldi) étoit vif, riche en inventions, et remplissait presque la moitié de l’Univers de ses Concertos…»

    Carlo Goldoni (1707-1793)

    En 1735, au début de sa carrière, le jeune dramaturge italien,Carlo Goldoni, est engagé par l’impresario du théâtre Grimaldi pour aider Vivaldi à adapter le livret d'Apostolo Zeno pour l’opéra Griselda. Plus tard, en 1761, Goldoni raconte qu'il avait été traité par Vivaldi comme un novice, ce qu’il était en effet.  Mais à un certain point, Goldoni déclara:

    « La colère me gagna et je lui répliquai effrontément ; il me donna la plume et tira de sa poche une lettre dont il déchira une feuille de papier blanc. ‘Ne vous mettez pas en colère’, dit-il modestement, ‘tenez, installez-vous ici à cette table ; voici le papier, la plume et le libretto ; faites à votre aise’. Puis il retourne à sa table de travail et se met à réciter le bréviaire. Je lis alors attentivement la scène ; j’analyse le sentiment de l’aria cantabile et j’en fais une autre d’action, de passion, de mouvement. Je vais lui présenter mon travail ; le bréviaire dans la main droite et ma feuille dans la main gauche, il se met à lire doucement ; et la lecture terminée, il jette le bréviaire dans un coin, se lève, m’embrasse, court à la porte, appelle la Signora Annina. Arrive l’Annina, et sa sœur Paolina ; il leur lit l’arietta, en criant : ‘Il l’a faite ici, c’est ici qu’il l’a faite, c’est ici !’ Et de nouveau il m’embrasse et me congratule ; et me voici devenu son Ami, son Poète, son Confident, et il ne m’a plus lâché. J’ai continué à massacrer le drame de Zeno, autant et comme il l’a voulu. L’opéra fut monté avec succès.

    Plus tard, en 1787,  Goldoni a de nouveau décrit cette rencontre avec Vivaldi dans ses Mémoires, mais la scène a été fortement exagéré et semble plus une caricature qu'un vrai portrait.


    VIVALDI SPECIALISTES D'AUJOURD'HUI

    Karl Heller, (de “Antonio Vivaldi, The Red Priest of Venice”
)

    «...Ce désir affirmé d'indépendance et de liberté de mouvement  est l’expression d’une confiance en soi et en son art, et constitue un trait dominant de la personnalité particulière de Vivaldi. Comprendre le caractère de Vivaldi dans toute sa complexité est cependant fort difficile, mais certains traits récurrents révèlent un irrésistible esprit d'initiative, au service de son accomplissement personnel. Il était le contraire de l'artiste qui vit et travaille dans la paix et la solitude. Il cherchait le contact avec le public car il en avait besoin, comme il avait besoin d'être stimulé par un univers qui nourrissait son désir de reconnaissance et de succès. Gêné par une indisposition physique, il semble intérieurement animé par une passion  pour l'action, passion qui explique certainement sa tendance à écrire un grand nombre d'œuvres aussi rapidement...(p.266)


    «Vivacité, spontanéité, un tempérament caractérisé par le dynamisme et une irrépressible vitalité, tels étaient clairement les traits dominants de la personnalité de Vivaldi, une personnalité animée par la volonté de gagner et qui se montre à nous sous un éclairage positif. Il avait la réputation d’être un homme d'affaires d’une rare habileté. »

    Comprendre le caractère de Vivaldi dans toute sa complexité est cependant fort difficile, mais certains traits récurrents révèlent un irrésistible esprit d'initiative, au service de son accomplissement personnel. Il était le contraire de l'artiste qui vit et travaille dans la paix et la solitude. Il cherchait le contact avec le public car il en avait besoin, comme il avait besoin d'être stimulé par un univers qui nourrissait son désir de reconnaissance et de succès.

    Karl Heller est l'auteur de “Antonio Vivaldi, The Red Priest of Venice”, une biographie publiée en Allemagne en 1991 et en Angleterre en 1997 par la Amadeus Press. Ses recherches sont essentiellement consacrées à Bach et Vivaldi, à commencer par sa thése de doctorat sur Vivaldi en 1965.


    Michael Talbot

     
«Je vois Vivaldi comme l'exemple même du compositeur qui s'est fait tout seul. Après d’humbles et très ordinaires débuts en tant que violoniste, Vivaldi parvint, grâce à une immense ambition et à un talent hors du commun, à se hisser au rang des rares compositeurs «universels» du baroque tardif, s’illustrant aussi bien dans le genre de l’opéra ou de la musique sacrée que dans celui du concerto ou de la sonate. Son approche spontanée de la composition, son imagination  sans entraves sont bien connues, mais sa musique possède aussi un aspect mélancolique et même (pour ceux qui savent le déceler) un côté « savant ». Sa maladie, qui a duré pratiquement toute sa vie (généralement identifiée comme asthme bronchial), eut un profond effet sur sa personnalité et sur son attitude face au travail. Suis-je le seul à voir dans sa dextérité de violoniste, dans son effervescence intellectuelle et dans la verve de son écriture, une sorte de défi contre une réalité cruelle qui l'obligea à  rester enfermé chez lui pendant une grande partie de sa vie?»


    Michael Talbot a écrit des ouvrages sur Antonio Vivaldi dès 1970. Il se décrit lui-même comme un 'Vivaldi generalist': auteur d’une biographie d'Antonio Vivaldi (traduite, revue et réimprimée à maintes reprises) il consacre ses travaux à la découverte et à l'authentification d’œuvres nouvelles de Vivaldi, à l’identification des instruments utilisés par le compositeur et à l'analyse musicale. Depuis 1982, il est l'éditeur de la “New Critical Edition” des œuvres de Vivaldi. Il est aussi actuellement, avec Francesco Fanna, le coéditeur de l'annuaire 'Studi Vivaldiani'. Ses articles spécifiquement consacrés à Vivaldi  sont au nombre de quarante, et il est également l’auteur de six ouvrages sur le compositeur ( souvent traduits et/ou réimprimés): Vivaldi (Dent, 1978); Vivaldi (BBC Publications, 1979); Antonio Vivaldi: A Guide to Research (Garland, 1988); The Sacred Music of Antonio Vivaldi (Olschki, 1995); The Chamber Cantatas of Antonio Vivaldi (The Boydell Press, 2007); Vivaldi and Fugue (Olschki, 2009). Talbot travaille actuellement (novembre 2009) à l’élaboration d’un répertoire des sources vivaldiennes, qui s’intitulera “The Vivaldi Compendium”. 
Contact: mtalbot@liv.ac.uk

    Cesare Fertonani

    "Du caractère de Vivaldi, lettres et témoignages font clairement apparaître l’orgueil de l’auteur, la conscience fière et lucide d’être un grand compositeur et la vitalité exubérante d’un homme qui, bien que malade, travaille à un rythme vertigineux (ce que l’on peut également remarquer à l’aspect des manuscrits autographes). C’était aussi certainement un homme attentif à l’argent, comme peut l’être quiconque parvient à en posséder suffisamment pour investir – et donc risquer- des sommes considérables, sans oublier pour autant ses origines modestes.

    Et puis, il y a bien sûr la musique. Tirer des conclusions sur le caractère d’un compositeur à partir de sa musique est chose délicate et souvent sujette à controverses. Cependant, quelques traits de son caractère s’en dégagent indiscutablement : l’ambition, mais aussi le goût du jeu et de l’ironie ; le sens du théâtre et du spectacle comme la conscience tragique du temps qui passe ; l’amour du calcul en même temps que l’abandon à l’intuition ; la ferveur religieuse et la sensualité ; la créativité d’une imagination visionnaire et l’attention portée à la vie intérieure des hommes."

    Cesare Fertonani s’est essentiellement intéressé à la musique instrumentale de Vivaldi. Il a publié les volumes Antonio Vivaldi.; La simbologia nei concerti a programma (1992) et La musica strumentale di Antonio Vivaldi (1998). Il enseigne à l’ Université de Milan et est membre du comité éditorial des oeuvres d’Antonio Vivaldi.



     

  • Discographie _

    Discographie Vivaldi 1999 - 2009

    Vivaldi fut un des musiciens les plus fortunés d’un phénomène en pleine expansion a partir des années ’70, le retour aux « instruments anciens » et l’interpretation « authentique » de cette musique aider par le travail et les découvertes des musicologues spécialisés. Trois  évènements capitaux jalonnent cette nouvelle ère. Avant tout l’intérêt désormais suscité par la musique lyrique du compositeur vénitien, auquel les plus grandes voix de maintenant rendent hommage. La maturité ensuite des recherches musicologiques, dont le point d’orgue est le répertoire désormais complet et détaillé des œuvres, dans le catalogue du chercheur Peter Ryom. À la fabuleuse Vivaldi Edition de la maison de disques naïve enfin, qui s’est lancée, sous l’égide  de l’ Istituto per i Beni Musicali in  Piemonte,  dans l’enregistrement insensé de l’immense patrimoine musical que représentent les manuscrits préservés à la Bibliothèque Nationale Universitaire de Turin. C’est à dire de la collection personnelle de Vivaldi.

    La présente discographie proposée au mélomane est un work in progess, qui se veut pratique et immédiatement utilisable. Elle est concentrée sur la période la plus récente, aux sources les plus facilement accessibles, couvrant (presque) les dix dernières années, qui restent sans doute, pour la musique de Vivaldi, les plus riches quant à l’étendue des répertoires explorés, et  la variété des interprétations.

    Cette discographie a deux entrées : par disques et par compositions. Voici, pour la première fois proposé au mélomane, l’index de toutes les œuvres préservées de Vivaldi, identifiées selon le catalogue Ryom à jour. Les enregistrements (éffectué après 1999) de chacune des  compositions sont précisés par une cote, permettant de se reporter au disque correspondant. Classé  selon son année de parution, chaque  CD ou DVD a son contenu détaillé, c’est à dire l’identification des oeuvres jouées,  celle des interprètes comme  les  références de la maison d’édition. Un utile moteur de recherches permet, en tapant un numéro RV, les premiers mots d’un  air séparé, ou bien le nom d’un interprète, de trouver une réponse à sa curiosité vivaldienne. La discographie et l’index seront annuellement mises à jour. Un cadeau précieux pour le mélomane !

    Pour télécharger cliquez ici

    Roger-Claude Travers, 2009

    Roger-Claude Travers est un specialist de Antonio Vivaldi, collaborateur de l’Istituto Italiano Antonio Vivaldi de la Fondazione Cini de Venise et critique musical de la revue francaise Diapason. E-mail : travers.rc@wanadoo.fr.

     

  • La main de Vivaldi _

    Pouvoir jeter un œil sur les centaines de pages musicales manuscrites écrites par Vivaldi constitue une expérience fascinante. Outre la musique en elle-même et l’émotion absolue de toucher des pages écrites par lui, il y a aussi les notes occasionnelles griffonnées dans les marges, les corrections, sa calligraphie… tant de petites pistes qui aident à se construire une image du compositeur.

    La Bibliothèque Nationale Universitaire de Turin nous a aimablement autorisés à reproduire ici une partie des manuscrits les plus intéressants. Nous remercions particulièrement le spécialiste de Vivaldi, Daniele Torelli, pour son aide dans le choix de telles pages.



          

    Frontispice de l’opéra l’Olimpiade.

    Comme beaucoup des frontispices d’opéras de Vivaldi, cette page contient une dédicace en haut, à gauche. Les spécialistes estiment qu’il s’agit d’une dédicace faite à la Vierge Marie: «Laus deo beataeque Mariae deiparae amen». A droite, Vivaldi a clairement écrit le mot «original» pour distinguer ce manuscrit des copies. On peut lire “L'Olimpiade, poesia del S.r Abbate Metastasio, musica del Viualdi” suivi d’une liste des personnages de l’opéra écrite dans son élégante graphie.

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    Frontispice de l’opéra Tito Manlio.

    Vivaldi a noté en début de page: “Musica del Viualdi fato in 5 giorni”( Musique de Vivaldi fait en 5 jours).

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    A la fin de l’opéra Orlando Furioso, se trouve une phrase qui doit être, semble-t-il, lue ainsi “In vece dell'usignolo”- cette aria doit probablement en remplacer une autre appelée «L’usignolo» (le rossignol). A droite de cette note se trouve une phrase qui a été effacée “Si questo non piace io non scrivo più di musica” (« si cela ne plait pas, je n’écrirai plus de musique »). Vivaldi devait souvent adapter les arias pour les nouveaux chanteurs et il semblerait qu’il avait affaire alors à une diva particulièrement difficile.

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    Cette aria est une alternative à l’oratorio Juditha Triumphans.

    En haut, à droite, Vivaldi a écrit:“Per la Sig.ra Barbara” qui était une des jeunes femmes de La Pietà.

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    Symphonie de l’opéra L'Olimpiade avec des signes dynamiques de contraste.

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    Les notes ont été écrites par une plume anonyme mais le texte est de la main d’Antonio Vivaldi. Une phrase dans la deuxième partie de la page dit:“Sarebbe molto bene far cantare questo tenore ma però non è necessario”.( “Il serait très bien de faire charter ce ténor, mais ce n’est pas nécessaire. »)

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    Vivaldi a entouré les notes au coin supérieur gauche et il a ajouté une phrase pour le copiste, lui expliquant que ces notes devaient être transcrites une octave plus haut.

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    L’écriture rapide de Vivaldi.

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    Les corrections pouvaient être faites en effaçant des mesures, ou en collant ou cousant une section comme ici, dans la partie basse de la page.

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    Les signes en rouge sur le côté droit ont été laissés par la colle de cire utilisée dans la page suivante. Le mot «Finis» est de la main de Vivaldi.

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